Country Lakes — Mérida, Yucatán
Façade de la maison club de Country Lakes — architecture d’Artigas Arquitectos
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Pierre, bois, lagune : la matérialité intemporelle d’Artigas Arquitectos

Une visite guidée des décisions architecturales qui définissent Country Lakes : chukum, tzalam, eau réfléchissante et la lumière ample des tropiques yucatèques.

12 mai 20266 min de lectura

Lorsque Boma a choisi Artigas Arquitectos pour l’architecture de Country Lakes, la décision ne portait pas sur le style — elle portait sur la pensée. Artigas, fondé en 1939 et fort de plus de 2 500 projets dans 87 villes d’Amérique et d’Europe, n’a pas de langage visuel figé. Il a une méthodologie : comprendre le lieu avant de proposer la forme.

La palette de matériaux comme réponse aux tropiques

Le Yucatán a une lumière particulière. Ce n’est ni la lumière de la Méditerranée ni celle des Caraïbes au sens large — elle est plus horizontale, plus chaude, avec une qualité diffuse durant les heures centrales de la journée qui rend les matériaux brillants agressifs et approfondit les matériaux naturels. Artigas a lu cela et a construit la palette de matériaux du projet à partir de là.

Principaux matériaux du projet :

  • Chukum — enduit artisanal yucatèque aux pigments naturels, à la surface légèrement rugueuse qui absorbe la lumière
  • Tzalam — bois dur de la jungle yucatèque, utilisé pour les pergolas, les cadres et les éléments d’articulation entre intérieur et extérieur
  • Pierre calcaire régionale — pour les soubassements, les sols extérieurs et les murs de soutènement
  • Béton apparent — dans les dalles et les porte-à-faux, en contraste avec la chaleur des matériaux naturels
  • Eau — comme matériau réfléchissant, et non seulement fonctionnel : les miroirs d’eau devant la maison club dédoublent le bâtiment et le ciel

La maison club : un seul geste

La maison club de Country Lakes est le bâtiment le plus représentatif du projet. Artigas l’a conçue comme un pavillon ouvert : une vaste toiture de béton qui flotte sur un volume vitré, entourée d’eau sur trois côtés. La logique spatiale est simple et puissante — l’intérieur et l’extérieur se dissolvent l’un dans l’autre parce que la température, la ventilation croisée et la vue sur le lac rendent la séparation inutile.

L’accès est une séquence de compression et d’expansion qu’Artigas maîtrise avec précision : on arrive par un portique bas, ombragé et d’échelle domestique, et l’on émerge dans le grand espace central avec une vue totale sur le parcours et sur le lac. La surprise est intentionnelle et mesurée.

L’intemporel comme objectif

« Concevoir avec des matériaux locaux n’est pas un geste écologique — c’est la seule façon pour qu’un bâtiment paraisse avoir toujours été là. » — Artigas Arquitectos

L’obsession d’Artigas pour l’intemporalité est ce qui fait que ses bâtiments vieillissent bien. Le chukum qui a aujourd’hui un an aura, dans dix ans, la texture vivante d’une construction présente depuis des décennies. Le bois de tzalam s’assombrira avec le temps et le soleil. Le béton accumulera les patines des tropiques. Tout cela est prévu — le bâtiment est conçu pour s’améliorer avec le temps, non pour lui résister.